Le conte du mois 2021

Chaque premier jour du mois, hors juillet et août, je proposerai ici un conte écrit. Ceux que je reprends sont issus de contes traditionnels du monde en général et de la Bretagne en particulier. Je ne les écris ni ne les dis jamais tels que lus ou entendus. Je les remets dans mes mots, dans ma sensibilité, soit en les retouchant un peu, soit en les transformant profondément. Mais je reste attentif à la symbolique du conte.
Quand je peux, j’indique où j’ai trouvé le conte que je vous propose. Mais des fois je ne sais plus trop…

L’écriture de ces contes est simple. Il le faut pour que le futur auditeur puisse suivre sans décrocher. Le conte prend sa pleine puissance, sa pleine vie, grâce à la conteuse, au conteur. Là aussi est la magie !

Au fait, je suis preneur de contes à vous, n’hésitez pas à m’en envoyer à titre de partage. Soit c’est le même conte mais avec une autre version, soit c’est un conte autre à votre manière.

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01/01/21 : Le cheval rallongé

(d’après une légende rapportée par Paul Sébillot)

Un soir, cinq gars rentrent tard d’aller voir les filles à la veillée. En arrivant près de la barrière d’un champ, ils trouvent un petit cheval qui parait bien docile. Le plus hardi décide de monter sur son dos, ce qui est bien moins fatigant pour rentrer. Un autre, fort en goule dit : « Attends, je vas monter aussi ! » Le troisième ne veut pas être de reste et saute sur le dos de la bête. Elle s’allonge un peu. Puis un peu plus, si bien que les deux autres trouvent aussi place sur la bête de ch’va qui part au trot.

Ce petit cheval-là, c’est le Cheval Pacoret comme on l’appelle ici ou là en Haute-Bretagne. Il se plait à jouer des tours. Dès qu’il croise quelqu’un, la personne n’a mystérieusement qu’une envie, c’est de monter sur le dos du cheval qui s’allonge au fur et à mesure des nouveaux arrivants.

La nuit, on croise plus qu’on ne croit des marcheurs de lune, trainards fatigués, voyageurs perdus, pèlerins sans logis, sans compter quelques drôles de paroissiens. Le cheval rallongé les prends tous autant qu’ils sont sur son dos, son dos qui s’allonge autant qu’il faut. Et plus il est chargé, plus il va vite malgré les cris épouvantés de ceux-là qui restent collés sur son dos.

A la fin de la nuit, le Cheval Pacoret semble fatigué de son galop effréné. Il s’arrête alors au milieu d’un ruisseau, jette à bas  dans l’eau tous ses cavaliers, les voilà trempés guenés, tantouillés à souhait. Il disparait alors, comme évanoui en fumée.

Ma transcription de cette légende emprunte à Paul Sébillot. Dans la deuxième partie du XIXème siècle, il a beaucoup écrit sur la « Littérature orale de la Haute-Bretagne », terminologie nouvelle pour la transcription écrite de collectages oraux.

Cette légende du cheval qui rallonge est très présente en Haute-Bretagne. Ici, dans le Pays de Redon, Gilbert Hervieux m’a dit l’avoir entendu de son père.

Il est étonnant d’observer combien, partout, le cheval est porteur de légende. J’y reviendrai car il y a tant de belles et merveilleuses choses à raconter à ce sujet.